Travaux, reportages, théâtre...
Suivez l'actualité de l'Ircom en vous abonnant à sa web tv. Cliquez ici
"Sommes-nous faits pour la vérité ?" Paul Clavier
A l'occasion de la rentrée de l'Institut, deux promotions d'Albertistes ont assisté à une conférence donnée par Paul Clavier sur le thème : " Sommes- nous faits pour la Vérité?".
Au travers d'une fable de Bocacce et Lessing, Paul Clavier illustra son propos. A la question posée par le sultan Saladin à son ministre pour déterminer la meilleure des religions monothéistes, ce dernier lui racontera une fable. Un anneau permet d'être agréable à Dieu et aux hommes pour qui le possède, s'il y croit. Transmis de génération en génération au plus méritant des fils avec l'héritage, il arriva qu'un père ne sut déterminer auxquels de ses 3 fils le donner. Il en fit faire une copie parfaite en deux exemplaires de telle sorte que lui-même ne put plus les différencier. A la mort de leur père, les trois fils réclament donc leur héritage et se querellent. Un juge devant trancher en tire deux conclusions. Ou l'anneau ne fonctionne pas, ou les trois anneaux sont des faux puisqu'ils ne permettent pas de s'entendre. Par conséquent son conseil consiste à vivre en considérant chaque anneau comme véridique.
Divisant cette fable en cinq parties, Paul Clavier tâcha d'éclairer la question de la Vérité.
Acte1. L'anneau de bénédiction ne fonctionnant que si l'on y croit, suffit-il de croire à une Vérité pour la faire exister ? En ce cas, ne devient-elle pas le résultat d'un choix subjectif ?
Acte2. Le pieux mensonge du père consistant à choisir le pluralisme lui permet d'échapper au moins momentanément à la pression de la Vérité.
Acte3. La falsification ne permet même plus au père de distinguer le véritable anneau des faux.
Acte4. La crise repose sur la mésentente des trois frères aboutissant à une conclusion: aucun anneau n'est le vrai.
Acte5. Le jugement consiste à considérer qu'il n'y a pas de Vérité. Seul compte ce que chacun tient pour vrai. Or cette soi-disante pluralité des Vérités conduit à la lutte.
Ensuite Paul Clavier éclaira son propos au travers d'exemples diverses destinés à répondre aux questions suivantes:
- L'homme reçoit-il la Vérité ou la cherche-t-il ?
- Peut- on dissimuler la Vérité par humanité ?
- Pourquoi a-t-on des devoirs et envers qui les contracte-t-on ?
Davantage destiné à presser les réflexions des étudiants plus en avant, Paul Clavier conclut néanmoins son intervention sur l'idée suivante : l'Homme ne peut être fait pour la Vérité que s'il est fait par quelqu'un. Mais cette Vérité est exigeante et unique bien que l'on puisse l'atteindre par différents moyens.
Tiphaine de Belloy
Albert le Grand 2° année
Conférence de Chantal DELSOL : "L'AGE DU RENONCEMENT"
Chantal Delsol était, mercredi 16 mars, en conférence à l’Ircom. Devant les étudiants des instituts Albert-le-Grand, Mac Luhan et Pedro de Béthencourt, l’historienne des idées exposait en exclusivité la thèse soutenue dans son tout dernier ouvrage, L’âge du renoncement (Cerf). Retour sur le propos inédit de cette personnalité importante de la philosophie politique.
L’âge du renoncement, nous dit-elle, est la période que nous vivons aujourd’hui. Le renoncement, c’est ce phénomène, auquel nous assistons quotidiennement, d’effacement dans les sociétés occidentales de la culture et de la foi chrétiennes. Beaucoup expliquent ce délitement par le nihilisme, le relativisme, et prédisent chaos intellectuel et anarchie morale à nos sociétés déchristianisées !
Mais tel n’est pas l’avis de Chantal Delsol. Pour elle, en effet, ce que nous observons n’est ni une décadence, ni un déclin, mais un retour en arrière. L’ère chrétienne, qu’elle conçoit comme une longue « parenthèse » de deux mille ans dans l’histoire de l’humanité, est en train de se refermer. Certes, le nihilisme a joué un rôle en cela, mais son temps est désormais révolu, et la culture occidentale opère en réalité un retour à des sagesses antérieures au christianisme. Epicurisme, stoïcisme ou encore sagesses ancestrales chinoises sont à nouveau les modes de pensée prépondérants. Mais ce sont là des philosophies qui, sans être nécessairement égoïstes, ne concernent que l’individu et son environnement restreint : la vie au quotidien, la sagesse « pratique »… en définitive, des morales sans dogme, des sagesses sans vérité.
Sans vérité, oui, car Chantal Delsol nous dit que c’est précisément la vérité dont l’humanité s’est détournée en abandonnant le christianisme, fatiguée des questions existentielles qu’elle impliquait. « D’où viens-je ? Où irai-je après la mort ? », sont des questions que nos contemporains ne veulent plus se poser. Or, les sagesses anciennes ont justement cette particularité de ne pas se poser ces questions, qui rendent, selon elles, l’homme malheureux. Il y a ainsi actuellement « un refus de connaître la vérité, voire même de la chercher », conclut l’auteur.
Les pensées ancestrales sont donc des morales pratiques, des philosophies du bien-être, qui ne sont fondées sur aucune idée de vérité. Il n’y a d’ailleurs plus aucun fondement, ni aucune transcendance : la morale est immanente. L’homme vertueux n’est plus le saint ou le politique soucieux du sort de son prochain, mais celui qui sait s’occuper de ses affaires privées, et ne pas importuner ses voisins.
Sans fondement, sans les racines chrétiennes que l’on a reniées – ou que l’on refuse de voir dans les quelques survivances de morale commune qui demeurent –, il faut faire passer les dogmes par la répétition. D’où, par exemple, la récurrence du discours sur les Droits de l’homme ou l’égalité. Il n’y a plus rien pour fonder ces dogmes, plus de finalité. Mais cependant il faut les faire accepter. Pour cela, on observe également un développement des pratiques néo-païennes, comme la croyance aux mythes. En effet, qu’est devenue la Révolution française dans les mentalités, sinon un mythe, id est une histoire sacralisée, ni vraie ni fausse, n’ayant pour objectif que de donner un modèle, et par là un semblant de sens à l’existence humaine ?
Enfin, nous revenons aujourd’hui à une conception circulaire du temps, jusqu’ici propre aux cosmogonies païennes. Le temps « fléché », orienté vers une fin, qu’avait mis en place le christianisme, a été abandonné en même temps que la vérité qui lui donnait son sens. Le temps circulaire, qui reprend ses droits après deux mille ans, est rythmé par les cycles d’une lutte permanente entre l’ordre, devenu le seul but de l’homme, et le chaos, sa plus grande angoisse
.
Chantal Delsol réfute donc le célèbre « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » de Dostoïevski. Dieu, en réalité, est à présent remplacé par les intuitions de l’homme. Mais il s’agit pourtant bien d’un renoncement. Car l’homme, en s’abandonnant aux philosophies et aux morales du quotidien, renonce aux idées de royauté de l’homme, d’union entre les hommes, de progrès et, in fine, d’espoir.
Gauthier Vaillant
Albert le Grand, 2° année
L'engagement (en) politique
Table ronde du 27 octobre.
A l’initiative du Bureau des étudiants de l’Institut Albert le Grand, une table ronde s’est tenue mercredi 27 octobre au soir, sur le thème de l’engagement politique.
Roch Brancourt et Pierre Guerry, DRH et politiquement investis à l’échelle locale, ont engagé le débat en présentant leurs parcours et leurs engagements, qui tout en étant différents s’enracinent dans un même idéal. Roch Brancourt, 37 ans, s’engage dès l’adolescence dans un mouvement politique. Il poursuit avec des études en IEP dans le but d’être acteur de la vie publique, avant que les circonstances ne l’orientent vers les ressources humaines. Son action est aujourd’hui moins militante et prend la forme d’un soutien au parti de Christine Boutin. Pierre Guerry quant à lui, militant à l’UNI depuis ses 16 ans, est entré au RPR sous l’autorité de Jean Foyer. Il passe ensuite au RPF de P. de Villiers et C. Pasqua en 1999, pour finalement devenir le responsable Maine-et-Loire du MPF.
Bien des points furent abordés au cours de la discussion, tels que la gradation de l’engagement politique, la distinction entre la démocratie réelle et la démocratie formelle, la réflexion sur la relation au pouvoir (question fondamentale pour tout engagement politique) et la supériorité du lien national sur les divergences partisanes.
Au fur et à mesure des questions, le débat s’orienta également vers d’autres problématiques telles que la liberté personnelle au sein d’un groupe (parti, syndicat…) ainsi que l’antagonisme opposant la fidélité à ses convictions et la nécessité de faire des concessions. Enfin, le propos se tourna vers des solutions alternatives comme le lobbying.
Les deux intervenants ont conclu en insistant sur la complémentarité des différents engagements politiques et sur la nécessité d’un investissement des chrétiens dans la vie publique (rappelée par Jean-Paul II et Benoît XVI). En effet, la foi n’a pas pour vocation de se cantonner à la sphère privée mais s’inscrit naturellement dans la recherche du bien commun
Un grand succès. Un type d'action à renouveler ! .
Mayeul Berger
Elisabeth Okecki
Etudiants à l’Institut Albert le Grand, 2° année
Conférence du père Jean-Marie Petitclerc
Lire le compte renduDeux étudiants
vous proposent leur regard sur cette conférence.
« Apprenons
à nous connaître »
Hier soir, 6 octobre, l’Ircom accueillait
Jean-Marie Petitclerc pour une conférence sur le thème de « l’accueil de
la diversité dans l’éducation ». Prêtre salésien, éducateur spécialisé
et sociologue, Jean-Marie Petitclerc poursuit depuis plus de 30 ans la
mission de Don Bosco auprès des la jeunesse des banlieues notamment de
Paris (Chanteloup les Vignes) et de Lyon (Demi-Lune).
La famille,
l’école, la rue sont autant d’ambiances culturelles différentes qui
rendent nécessaire la transmission de repères. Pour une génération trop
souvent prisonnière du carcan de la délinquance, le regard de l’adulte
est primordial. Avec les membres de l’association Valdocco, JM.
Petitclerc intervient dans « la culture de l’entre jeunes » en cultivant
un lien de confiance entre éducateurs et adolescents. Les activités
scolaires proposées aux jeunes leurs permettent d’être en contact avec
un même éducateur chargé d’accompagner l’enfant et de créer le lien
entre les autres adultes qu’il côtoie. La réussite de l’éducation se
joue sur la qualité de la relation. On observe de fait que la violence
observée dans les banlieues découle le plus souvent d’une « faillite de
l’accompagnement ». En effet, le jeune a besoin d’un adulte qui
l’entraîne hors de l’indifférenciation qui caractérise l’enfance.
Celui-ci va prendre conscience que sa différence n’en fait pas moins un
sujet à part entière de la société.
Comment accueillir la
différence des autres ? La différence fait peur et peut entraîner un
comportement violent. Inscrire la différence dans une relation
horizontale permet à chacun de trouver en l’autre une même dignité
humaine, des différences et similitudes enrichissantes et salvatrices.
Accueillir cette différence dans la convivialité et la paix facilite
l’insertion de ces jeunes. JM. Petitclerc insiste sur l’urgence des
institutions éducatives à travailler pour l’accueil de cette diversité.
Alors jusqu’où sommes-nous capables de bousculer nos modes de
fonctionnement ? Il apparait indispensable pour gérer cette diversité de
se mettre d’accord sur des règles de vivre ensemble afin qu’« amour et
loi se conjuguent ».
Pour ne pas être responsable de
l’indifférence et du mal-vivre dont souffrent une grande partie de la
jeunesse, cultivons notre devoir de fraternité. Préférer le respect de
la personne à une tolérance malsaine des actes, préférer la connaissance
à l’indifférence nous permettra tous d’accueillir cette diversité et de
s’en réjouir.
Anne Laure Serey
Ircom - Institut Albert le
Grand
"Apprendre à comprendre"
A la fois
prêtre salésien et polytechnicien, depuis plus de trente ans, le Père
Jean Marie Petitclerc travaille et vit au quotidien les questions
d'éducation avec les jeunes "difficiles". Au contact des jeunes et des
élus, il est venu ce mercredi 6 à l'Ircom faire partager son expérience
et ses réflexions sur le thème de l'accueil de la diversité dans
l'éducation.
Avec humour, il nous permet de comprendre la perte
de repère que vivent ces jeunes, tiraillé entre parents, éducateurs et
amis, porteurs de différentes cultures et qui souvent sont discrédités à
leurs yeux. Dans le sillage de Dom Bosco, il tente de combattre cette
perte de valeurs qui entraine incertitude et violence.
Dans les
quartiers d'Ile de France et de Lyon où il travaille, JM. Petitclerc
renoue une médiation entre école, famille et cité pour recréer la
confiance entre jeunes et adultes. En retrouvant la cohérence,
l'adolescent peut alors apprendre les règles nécessaires au plaisir du
vivre ensemble.
Avec force et conviction, le Père Petitclerc
nous fait prendre conscience de la valeur de la diversité, de la
nécessité d'apprendre à se comprendre pour s'accepter. C'est en
connaissant l'autre, dans l'amour du prochain et la fraternité que l'on
peut se respecter et s'enrichir ensemble.
Clément Savary
Ircom
- Institut Albert le Grand
Culture et engagement
par François-Xavier Bellamy
Le Jeudi 16 septembre, pour parachever la rentrée de ses étudiants,
l'Institut Albert le Grand a accueilli François-Xavier Bellamy,
professeur de philosophie fraichement agrégé.
Partant d'une comparaison entre la conception de l'amour chez Edmond
Rostand et sur Facebook, il nous a révélé dans quelle mesure la culture
avait évolué…
Ainsi, M. Bellamy s'est appliqué à nous montrer que si nous considérons
aujourd'hui la culture comme consommable, comme un plaisir après
l'effort, comme un luxe ou encore comme quelque chose de pénible,
d'élitiste…nous sommes bien loin de la réalité.
Il a démontré que la culture n'est finalement qu'un moyen, peut être
même, le moyen, d'accéder à soi-même, et donc, le fondement de
l'engagement !
L'engagement, qui va justement mobiliser l'attention des 39 élèves de la
promotion XVII, puisqu'il s'agit du thème du colloque 2011.
Voici une synthèse de cette conférence.
En peu de temps, le rapport de la société vis à vis de la culture a énormément évolué. On remarque cette évolution dans la littérature. Prenons l'exemple du rapport à l'amour. Il y a un siècle, Cyrano écrivait des lettres d'amour à Roxanne. Aujourd'hui, ce même sentiment est retranscrit sur les réseaux sociaux comme Facebook de manière caricaturale, mathématique, mécanique… De toute la nuance du texte d'Edmond Rostand, on passe donc, en une centaine d'année à quelque chose de caricaturé, de grossier.
Quelle est donc l'origine de cette mutation ?
Le travail de Rousseau fut le premier à modifier profondément le rapport de l'homme à la culture. Il la définit en effet, comme l'ennemi de la nature, on le voit dans son Discours sur les sciences et les arts. Il y dénonce les artistes, qui ont trahi le caractère rustique de la vie romaine ; pour lui, la culture a perverti les Romains…L'homme sans culture, le ''bon sauvage'', est un homme certes esseulé, mais avant tout heureux. Toute cette heureuse simplicité se perd dès que la société se construit, et qu'apparaît avec elle, la culture. Cette conception rejaillit sur notre rapport à la culture ; on remarque son influence sur la pédagogie (laisser les enfants être eux-mêmes) ou encore dans des œuvres cinématographiques (Avatar, dans lequel la technologie humaine telle que nous la connaissons n'est plus que le règne du Mal)
Mais c'est avec le sociologue français Bourdieu, que la pensée rousseauiste s'accomplit pleinement. Bourdieu part de l'idée que la culture est un luxe. Il s'inspire de la conception marxiste, du "tout économique" pour forger un nouveau concept, celui du "capital culturel". D'après lui, les élites ne transmettent pas uniquement un capital financier, mais également un capital culturel ; ainsi, même si le capital économique disparaît, les élites restent dans la classe dominante grâce à ce capital culturel. Elle connaît les codes de cette classe, les a pratiqués, et possède une culture générale suffisante pour en faire partie. Bourdieu considère donc que la culture est superflue mais demeure néanmoins utile et rentable, puisqu'elle permet de réussir. Cette idée explique pourquoi nous considérons aujourd'hui la culture comme quelque chose qui exclut (Valérie Pécresse : "la culture est discriminatoire")
Cette idée aux résonnances marxistes nous conduit à adopter une culture standardisée, unique : une culture de la consommation. Celle-ci doit être accessible rapidement, facilement, et surtout universellement (le tube de l'été, par exemple). Mais n'oublions que tout cela part d'un présupposé…
Et si celui-ci était faux ? Si la culture n'était pas un luxe ?
Bien loin d'être un luxe, la culture apparaît plutôt comme le seul moyen pour notre nature de s'accomplir. Nul n'est pleinement lui-même sans la médiation de la culture.
La nécessité de la culture est perceptible dès l'éducation : je ne deviens moi-même que par la médiation de l'autre. Les Lumières se penchent en 1751 sur le problèmes des enfants sauvages : ces nouveaux-nés abandonnés dans la nature sont-ils des hommes ? Ils ne savent pas parler, ne connaissent pas les us de la société, ils n'ont même pas de nom ! Mais surtout : sont-ils eux-mêmes ? Non bien entendu, car apprendre aux enfants à parler, c'est aussi leur donner le moyen de penser. L'autre, en nous transmettant sa langue, sa culture donc, nous donne l'opportunité de former notre pensée personnelle, nos émotions, qu'on exprimera alors dans ce langage… reçu d'autrui ! La culture n'est donc pas quelque chose qui vient "en plus", car dès que j'apprends, ma personnalité est culturelle. La nature de l'homme est simplement de fréquenter la culture !
Mais au delà de cette nature culturelle, notre perception du réel est sans cesse informée par la culture. Prenons l'exemple du regard : nous avons besoin de donner du sens à ce que nous voyons ; le regard confère immédiatement un sens à ce que l'œil perçoit. Il est en permanence informé par ce que l'on a vu, ce que l'on a connu auparavant, sans cesse informé par notre culture. Personne ne voit le réel brut : on ne le voit qu'à travers le prisme de ce que la culture nous a appris à voir. L'artiste a donc un grand rôle dans notre perception du réel ; le peintre nous apprend à appréhender la réalité avec un certain rapport, l'écrivain nous enseigne une certaine perception des sentiments… Notre perception peut être à ce point modifiée que nous pouvons être amenés à ne même plus reconnaître nos semblables (c'était le but de la propagande nazie, par exemple).
La culture constitue également notre capacité d'admiration. D'après Kant, la relation de l'homme à l'art est une relation gratuite, le plaisir esthétique qui découle de l'œuvre est désintéressé. Celle-ci est donc à l'opposé d'une relation de consommation ! Mais, surtout, le but d'une œuvre d'art n'est pas de copier le réel. Quel intérêt aurait-on à reproduire le réel "en moins bien" ? Loin d'être une copie, l'artiste nous offre une représentation du réel, SA représentation : on observe donc une réalité qui n'est pas présente dans la réalité quotidienne. L'artiste, son œuvre, la culture toute entière nous apprennent à admirer le mystère de la réalité !
Enfin, au delà de cette capacité d'étonnement, la culture libère l'homme. Comme le disait Bergson, le langage est une malédiction nécessaire. Malédiction qui nous contraint, mais nécessaire car il faut que les mots soient communs à tous…Mais une fois encore la culture brise cette malédiction : la littérature, la poésie sont autant d'échappatoires à l'uniformisation. Verlaine disait : "Nous voulons de la nuance encore, pas la couleur, rien que la Nuance !", et c'est justement dans la culture qu'est cette nuance !
La culture comme forme de l'engagement ?
Pour qu'un engagement soit utile il faut avoir une particularité, être singulier, unique. Par la fréquentation de la culture, on peut aboutir à cette singularité qui conduira à la fécondité de l'engagement.
Comme nous l'avons vu auparavant, la culture est ce qui modèle notre vision du monde, et à ce titre elle modèle donc les actions que l'on peut faire dans ce monde. Elle est donc nécessaire à l'engagement puisqu'elle fonde son cadre d'action. Elle façonne notre présence dans le monde.
Aujourd'hui, la culture est devenue un domaine pour s'engager, peut-être même le domaine à envisager en priorité si l'on veut s'engager. On pense souvent que le pouvoir appartient à la sphère politique mais ce n'est pas elle qui le détient. Ce sont les médias, le cinéma, la télévision, qui modèlent l'opinion publique ! Le vrai changement de mentalité se fait par la culture.
Enfin, la culture est un engagement. Elle n'est pas un bien consommable parmi d'autres, elle suppose un effort. Pour apprécier pleinement la culture, il faut avoir du temps, il faut travailler, ce qui nécessite de fournir un effort… La culture acquise n'est finalement que la somme des efforts effectués !
Si nous considérons aujourd'hui la culture comme consommable, comme un plaisir après l'effort, comme un luxe ou encore comme quelque chose de pénible, d'élitiste…nous sommes bien loin de la réalité. La culture n'est finalement qu'un moyen, peut être même, le moyen, d'accéder à soi-même.
Voici trois articles présentant les projets sociaux ou culturels réalisés cette année par les Albertistes.
Des monts de richesses
C’est parti d’une rencontre : Simon de Cyrène, homme disponible désireux de se donner, et Jésus, portant une trop lourde croix. Ces deux hommes ont trouvé une richesse fabuleuse l’un en l’autre. Jésus a un instant senti son fardeau s’alléger, et Simon de Cyrène a pu ressentir la grandeur de cet homme pourtant si faible en apparence…
S’inscrivant dans cette optique, l’ambition de l’association Simon de Cyrène n’est autre que de donner naissance à des rencontres entre valides et invalides, afin de créer de nouvelles amitiés. Et chaque réunion ne cesse de témoigner de la richesse des liens tissés : « Vous voulez donner et recevoir… » lance le prospectus de l’association.
« Le trésor que l’on découvre en chacun est incroyable »
Au premier abord se trouve le handicap, parfois déconcertant, face auquel on a peur de ne pas savoir réagir. Le fauteuil roulant de Marie, l’immobilité de Pauline, la lenteur d’élocution de Pascale… C’est ce qui impressionne en entrant pour la première fois dans la salle où sont rassemblés tous les compagnons Simon de Cyrène. Pourtant, au cours des discussions, le trésor que l’on découvre en chacun est incroyable. Henri souhaite plus que tout devenir nageur professionnel. Pascale est boute-en-train et ne demande qu’à rire et faire rire, mission dont elle s’acquitte avec succès…
Sans compter les autres compagnons valides, dont Solène de Mas-Latrie, organisatrice et coordonnatrice de l’ensemble. Tout juste maman, cette jeune femme rayonne de l’esprit de Simon de Cyrène ; son enthousiasme et sa douceur sont communicatifs. De même, la plupart des autres compagnons sont des jeunes de dix-neuf ans en moyenne, désireux de se donner et de recevoir, pour trouver un aboutissement à leur vie de tous les jours. Après une première intimidation, les liens se tissent, et les trésors de Simon se révèlent.
Finalement, ce n’est pas l’invalidité qui marque le plus nos esprits, mais le sourire, la joie et la simplicité de ces jeunes. Nous avons tellement plus à recevoir qu’à donner… Jésus lui, connaissait déjà tout de Simon de Cyrène : au fond, Simon est peut-être celui qui a le plus appris.
Cécile de Bentzmann
Chronique de l’éducation populaire
Animer la vie d’un quartier défavorisé. C’est la mission lourde, mais menée avec conviction, que s’est donnée le centre Jean-Vilar. Entre les HLM du quartier de la Roseraie, au sud d’Angers, le personnel de cette structure dynamique travaille d’arrache-pied, pour offrir aux habitants une myriade de découvertes et d’expériences à vivre.
Danse, musique, théâtre, sport ou encore pratiques des langues étrangères ne sont que quelques unes des activités proposées par des dizaines d’intervenants, qui mettent leur savoir-faire au service de l’épanouissement de chacun.
Enfants comme adultes peuvent prendre part à ces activités, mais tous sont encouragés à être, plus que des « clients », des acteurs. Au centre Jean-Vilar, chacun peut présenter son projet. Ainsi, les jeunes des familles modestes peuvent partir en vacances ou enrichir leur culture, tandis que les plus âgés sont conviés à des conférences, des ateliers pédagogiques pour les jeunes parents, etc.
Le centre Jean Vilar propose également un service d’aide aux devoirs, ainsi que des cours de langue française afin de lutter contre l’illettrisme à tous âges ; dans un quartier où une large partie de la population est issue de l’immigration, et n’a pas toujours pu bénéficier d’une éducation complète, l’effort mérite d’être salué !
Le centre agit en partenariat avec la fédération nationale Léo Lagrange ; cet homme, qui fut le premier sous-secrétaire d’Etat aux Sports et à l’Organisation des Loisirs, avait en son temps résumé mieux que quiconque la mission d’un établissement comme Jean-Vilar :
« Etre un mouvement d’éducation populaire, […] c’est agir, en complément de l’école et de la famille, pour favoriser l’égalité des chances, et permettre à chacun d’allier la découverte de soi à l’envie d’aller vers l’autre. »
Participer à l’insertion des plus défavorisés dans notre société, voilà la mission lourde, mais menée avec conviction, que s’est donnée le centre Jean-Vilar…
Gauthier Vaillant
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait
L’impression d’une scène au ralenti.
Dans cette maison de retraite tenue par les Petites Sœurs des Pauvres, les personnes âgées cheminent péniblement vers leur table pour le dîner. Tous les gestes sont pesés. La lenteur de cette assemblée est frappante. Ces personnes qui n’ont plus grand-chose a eux, ni plus grand monde autour d’eux, nous apprennent pourtant beaucoup.
Au-delà de cette lenteur, certains témoignent d’un caractère difficile, et leur fréquentation régulière permet de comprendre le motif de leur irascibilité permanente, ce qui fait dire à telle assistante que tel ou tel est un casse-pieds.
Exaspération
Ces personnes nous enseignent à aller au-delà de l’énervement que l’on ressent parfois, pour apprendre à être plus indulgent, plus humble. Certains ainsi font preuve de méchanceté, voire de grossièreté.
Il faut alors prendre sur soi, en s’efforçant de ne pas leur en garder rancune. Car plus le temps passe et plus on comprend que c’est leur faiblesse, leur impuissance qui les frustre et les rend blessants. Il faut sans cesse les rassurer, et faire preuve d’énormément de patience. Maintenant qu’elles ne peuvent plus gérer elles-mêmes la vie quotidienne, elles se sentent rejetées, isolées. Et c’est finalement ces personnes-là qu’on s’efforce d’aimer plus que les autres, malgré tout.
D’autres résidents restent au contraire souriants, sinon véritablement heureux. Ainsi pour certaines tables dynamiques, on entend de vives discussions, et parfois même des rires. La vieillesse et l’isolement n’atteignent pas leur humour, leur vie, et les contempler est source d’émotion. Ces personnes n’ont plus grand-chose à attendre de la vie, elles sont souvent seules, et gardent néanmoins la joie en elles.
« Ne jamais oublier de sourire ! » Comment ne pas conserver la confiance en l’avenir en voyant cela ? Il y aura toujours quelque chose de beau à tirer de l’existence, aussi misérable soit-elle. On comprend alors l’importance de la gaieté, pour tous les jours, et surtout pour ces personnes démunies qui y sont sensibles. Voir ce vieil homme nous apostropher gaiement par un : « Faut jamais oublier de sourire Mademoiselle ! », n’est-ce pas là une des plus belles et simples leçon de la vie ?
Pour eux, la vie touche à sa fin, et ils l’occupent par de petits gestes lents. Certes cette vie ressemble à un film au ralenti, mais cette société qui met de côté les non productifs, cette société qui fait peu de cas de la sagesse des anciens, cette société enfin apparaît comme source d’un beau gâchis.
Blanche RENOUL
Des contes ... au théâtre
Mardi 27 avril, les étudiants d'Albert le Grand sont allés au bout de leur travail d'écriture en montant sur scène.
Après la rédaction des contes durant les mois passés et après un travail de mises en scène et quelques répétitions, les étudiants d'Albert le Grand sont montés sur les planches. Ils ont donc entièrement monté un spectacle.
Les étudiants avaient également réalisé les décors qui était très réussis.
Ils se sont produits devant une petite centaine d'enfants attentifs et émerveillés.
A l'année prochaine !
Ircom Institut Albert le Grand
Compte rendu de la conférence d'Alain Lanavère.
C’est en sa qualité de «liseur» que M. Lanavère est venu mardi dernier, transmettre aux
élèves de l’Institut Albert le Grand (Ircom), son goût pour la lecture. Au delà
du simple témoignage, son exposé visait à présenter l’expérience même de la
lecture en tant que plaisir inutile et universellement partageable.
En effet
après avoir énuméré les dispositions que prend le lecteur à chaque fois qu’il
ouvre un livre, il a amené les étudiants à s’interroger sur ce qui fait de la
littérature un art particulier, offrant une expérience esthétique forte et
désintéressée, au même titre que la peinture ou la musique. Ce sont pour ce
professeur de la Sorbonne, les dispositions a priori et le jugement esthétique du lecteur qui
fondent la qualité d’un livre, bien plus que des critères objectifs comme le
langage ou le thème.
C’est pourquoi au-delà de son caractère formel et
éventuellement rébarbatif, l’œuvre littéraire est pour le lecteur une
inépuisable «source jaillissante de plaisir». Mais comme tout
plaisir il convient de le raisonner pour éviter les excès du bovarysme
(confusion de la réalité avec le monde réel) ou de l’esthétisme (privilégier la
lettre à l’esprit, en s’efforçant de parler comme à l’écrit par exemple).
Non pas un exposé théorique, mais
bien plus une excitation de notre appétit littéraire, voilà ce que fut
l’intervention de M. Lanavère. Il réalisait, en fait un peu, ce qu’il voulait
partager la lecture n’est jamais un plaisir futile. Elle est surtout et
avant tout, un exercice spirituel, qui ouvre tranquillement l’homme au monde et
à lui-même.
Jean-Hippolyte Feildel
Etudiant en L1
Ircom - Albert le Grand
Retour sur la conférence d'Alain Lanavère, à l'Ircom-Institut Albert le Grand, le 20 avril 2010 à 14 h.
Monsieur Lanavère est sans doute ce que l'on peut appeler un « professionnel » de la littérature. Ardent lecteur, khâgneux, professeur agrégé de la Sorbonne, jury de l'École des Chartres, il a un bagage plus que consistant dans ce domaine. Mais, la littérature n'est pas simplement son métier, c'est avant tout sa passion et à travers chacun de ses mots, son amour pour les livres transparaît. En deux petites heures, il a bien voulu nous faire partager son « expérience de la lecture » … qui est un bonheur !
Selon lui, elle est un don généreux qui implique de rompre avec le monde concret pour s'évader dans l'univers de l'auteur. C'est un renoncement à la rentabilité du temps, pour le plaisir de la gratuité.
Il distingue les textes littéraires des autres, même si cette différence ne fut pas toujours très claire dans son esprit. Enfant, les ouvrages de la comtesse de Ségur, de Jules Verne et d'Hergé étaient pour lui la plus belle des littératures avant qu'il ne s'aperçoive que les célèbres manuels de Lagarde et Michard (dont il fut l'élève) ne parlaient jamais de romans d'aventures, de bandes dessinées...
Lire un texte « littéraire » n'est pas toujours passionnant comme l'est souvent la lecture d'un roman policier. Certaines pages semblent longues, inutiles (Balzac était payé à la ligne), surfaites... Néanmoins, il faut se plonger dans ces textes comme on contemple un tableau, ou comme on se laisse porter par une belle musique, en apprécier toutes les sonorités, la forme autant que le fond et parfois même plus. Lire un texte littéraire apporte un plaisir esthétique qui vise une certaine universalité mais ne peut être théorisé. La rencontre du Beau n'est pas conceptualisable. Un texte littéraire nous donne aussi une vision du monde différente de la nôtre. Il faut garder à l'esprit que la littérature n'est pas la réalité exacte et c'est là tout ce qui fait sa richesse. Balzac, Zola et Tolstoï ne nous peignent pas le monde à la manière d'une immense photographie mais nous proposent leur « monde », la vision qu'ils en ont et ce qu'ils en perçoivent. Ainsi, il faut s'ouvrir à l'identité de l'auteur, à son « moi social » pour comprendre son « moi profond » et s'imprégner de son œuvre. En revanche, il faut savoir se garder d'une lecture « échappatoire ». En effet, le Bovarysme ayant fait ses preuves, il ne faut pas se réfugier dans la littérature, faute de mieux. Il faut savoir se détacher de ses héros, savoir reprendre pied dans la vraie vie quand le livre est fini.
La vie littéraire d'un homme est pleine de moments inoubliables et d'émotions intenses. En effet, qui n'a jamais été touché pas un poème, une page de roman, une scène de théâtre ?
Notre brillant orateur a conclu en affirmant être toujours à la recherche du livre « parfait » et a jeté un regard plein d'espoir sur l'état du monde littéraire actuel, qui s'enrichit chaque jour. « Lisez et relisez ! Vous ne serez jamais déçu ! » a-t-il ajouté, avant de nous inciter à partager nos lectures, à ne pas les laisser « dormir dans notre cœur » comme l'écrivait la comtesse de Ségur, si chère au cœur de ce « liseur » convaincu.
Maëlle de la Chevasnerie
étudiante en L1
Vidéo diffusée lors des 25 ans de l'Ircom